mardi 28 août 2018

Se libérer du jugement

L’autre : c’est toujours lui qui se trompe. Il agit mal. Il blesse. Il ne comprend pas. Ce qu’il a fait, je ne peux pas le lui pardonner. Je montre du doigt sa faute, sa faille, son crime. Du haut du donjon de mes convictions, selon ce qui me dicte mon éducation, mon appartenance culturelle, mon parti politique ou ma religion, je juge mon prochain pour ce qu’il a fait, pire, pour ce qu’il est.

Ainsi, la séparation est faite. D’un côté le Bien, de l’autre le Mal, d’un côté la raison, de l’autre le tort. L’autre et moi, nous sommes opposés. J’utilise sa noirceur comme toile de fond pour paraître plus blanc. Je suis innocente. Plus, je suis victime. L’autre est mon tortionnaire. J’ai donc le droit de me défendre, par tous les moyens. Il a insulté ce en quoi je crois. J’en tire la justification pour le poursuivre et le punir. Je me bats contre lui, en paroles et poings serrés et j’essaye de le mettre sur le bon chemin. Je l’emprisonne, je le torture, je le condamne à mort, je prends tout ce qui est à lui.

Cercle vicieux

Depuis des millénaires, ce modèle diabolique fait des ravages dans nos sociétés. Il justifie toutes les formes d’exploitation et de destruction. Poursuites, croisades, colonisations, esclavage, inquisition, apartheid, camps de concentration : tout le mal que l’Homme a fait à l’Homme se nourrit de l’idée que j’ai raison et que l’autre a tort, que l’autre est opposé à moi, que nous sommes séparés.

Diable : c’est celui qui sépare, qui scinde en deux. Il nous fait oublier notre prochain. Il nous fait oublier que nous sommes pareils, lui et moi. Vas-y, me susurre-t-il à l’oreille, tu ne vois pas que l’autre est dans l’erreur ? Ne t’a-t-il-pas insulté? N’a-t-il pas bafoué tes valeurs, fait du mal à ton clan, ton peuple, ton dieu ? Pour te laver de ce qu’il t’a fait, juge-le, condamne-le, n’aie pas pitié de lui, ne lui pardonne pas l’impardonnable. Je crois alors bien faire. Je suis juste. Et l’autre alors ? Il croit pareil. Et c’est ainsi qu’homicides et guerres se justifient.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il est nécessaire de ne pas confondre le relatif et l’absolu. Le monde dans lequel nous vivons est un monde relatif. Le chaud s’oppose au froid, le haut au bas, le noir au blanc. Dans nos corps de chair, nous avons besoin de ces opposés pour nous orienter dans le temps et l’espace. La valeur de chaque chose est relative à notre culture, notre éducation et nos expériences. Elle change continuellement. Ce qui est à la mode aujourd’hui ne le sera plus demain. Ce qui est considéré comme quelque chose de bien dans une culture peut être considéré comme mal dans une autre. Tout dépend des circonstances. Tuer quelqu’un est mal mais tuer Hitler aurait évité la mort de millions de gens.

Ne pas confondre le relatif et l’absolu

Tant que nous sommes conscients de la relativité des choses, il n’y a pas de problème. Nous n’allons pas insister pour convaincre l’autre de notre vision des choses. Tout le monde est différent et a un point de vue différent. C’est ce qui fait notre diversité. Le problème se crée à partir du moment où quelqu’un déclare que son point de vue forcément relatif a une valeur absolue. Là, nous quittons notre condition humaine et commençons à jouer à Dieu. 

Je peux très bien dire à quelqu’un que je ne suis pas de son avis ou pas en accord avec ce qu’il a fait. Nous pouvons mettre en place des tribunaux qui jugent nos actes pour protéger la communauté. Mais de là à juger nous-mêmes une autre personne est une des pires choses que nous puissions faire. Non seulement nous nous prenons pour quelqu’un qui sait, qui connaît exactement toutes les circonstances, ce qui serait alors surhumain. Nous contribuons aussi à rendre ce monde plus hostile encore.

Que les croyants laissent à Dieu le pouvoir de juger et que les autres laissent suivre l’Univers son cours. Ce qui est fait, est fait. Nous n’avons pas à y laisser notre empreinte encore. Ne perdons pas notre temps à essayer de changer l’autre. Nous n’y arriverons pas. Tous ceux qui ont déjà tenté de changer leur partenaire le savent. La seule chose que nous puissions faire est de choisir notre position, notre attitude face à ce qui est là. 

Tenir sa propre vie entre ses mains

Voici alors quelqu’un ou quelque chose qui m’a fait du mal. Si je m’obstine à le repousser ou à le tordre dans tous les sens, je vais perdre beaucoup d’énergie pour rien. Le geste que j’ai à faire est alors celui d’ouvrir les bras et d’accueillir ce qui est pour l’intégrer dans ma vie. Tout ce que j’essaye de pousser dehors me poursuivra. Tout ce que j’accepte se dissout. Quand je vois une injustice, je peux pleurer, je peux me révolter, me mettre en colère, je peux me laisser traverser par tous les sentiments. Mais je n’ai pas à juger ni l’événement ni la personne. Je ne sais rien du pourquoi des choses qui arrivent. Une catastrophe peut s’avérer être une bénédiction. 

Soyons alors prudents la prochaine fois que nous émettons un jugement à propos de quelqu’un. En ce qui me concerne, ce n’est pas juste une belle idée mais un exercice de tous les jours. Il y a de quoi faire car je me suis rendu compte que je juge beaucoup. Ce n’est pas facile. Mais ma vie est devenue beaucoup plus agréable et jouissive depuis que je n’essaye plus de jouer au gendarme. Ce n’est pas à moi de contrôler les autres. J’ai juste à tenir les rênes de ma propre vie dans les mains.


jeudi 2 août 2018

Lettre ouverte à Jean-Marc Dupuis

Cher Jean-Marc Dupuis,

Je suis abonnée à vos lettres et j’apprécie beaucoup votre travail. Aujourd’hui, une de vos dernières publications m’appelle à vous répondre. Je trouve très intéressant que vous évoquiez l’image d’un dragon pour décrire le rapport aux difficultés qui nous arrivent dans la vie. Je suis l’auteur de deux livres sur le cancer (La maladie guérit, Quintessence 2014 et Traverser le miroir, L’Harmattan 2016) et j’utilise cette même image pour illustrer mon approche d’un cancer du sein qui m’a été diagnostiqué il y a six ans.

Si je me sens aujourd’hui guérie, c’est bien grâce à ce dragon qui s’est présenté à moi. Pour moi, il était avec moi, et non pas contre moi. Je ne peux voir le salut émaner d’un quelconque acte d’agression, de combat ou de guerre, d’autant plus s’il est mené contre nous-même. Car c’est bien à l’intérieur de notre corps que le problème s’est développé. Je ne me sens alors pas tout à fait d’accord avec votre interprétation du combat de Saint Georges et me permets de partager avec vous ma vision.

Oui : Le dragon nous fait sortir de notre forteresse, de nos habitudes, de notre vie peut-être un peu ennuyeuse. Oui : Il nous lance de défi de regarder en face ce qui nous arrive. Car comment voudrions-nous résoudre un problème dont nous n’avons pas conscience? Nous pouvons nous séparer de quelque chose seulement si nous l’avons accueilli avant. Et oui : Quand le dragon se présente, il nous offre la possibilité d’accéder à quelque chose de précieux qui jusqu’alors était caché. Cette rencontre est alors, comme vous le dites, une sorte de purification, de renaissance, une épreuve qui nous transforme.

Mais non, je ne pense pas que le dragon soit un mauvais élément de la Nature, une représentation du « Mal », et que l’idéal serait de le tuer dès qu’il sort de sa grotte. Cette interprétation du mythe reste attachée à une dualité qui oppose le « bien » et le « mal » qui nous sépare et qui nous garde dans une vision belliqueuse du monde qui fait ses ravages depuis des millénaires : celle du victime, du bourreau et du sauveur.

Si je vous comprends bien, vous voulez comme moi encourager vos lecteurs à oser le regard et la confrontation. Nous voulons nous sortir de la vision d’une pauvre victime impuissante qui nécessite d’un côté quelqu’un ou quelque chose qui la fait souffrir et de l’autre quelqu’un qui la sauve. Nous commençons à comprendre la différence entre la culpabilité qui nous attache à cette vieille vision du monde et qui nous enferme dans le passé et la responsabilité qui nous donne les moyens de nous positionner ici et maintenant. Ceux qui ont dépassé l’épreuve d’une grave maladie savent que ce  qui les a guéri, c’est la responsabilité qu’ils ont décidé d’assumer face à leur maladie. Ils n’ont pas attendu que l’on les sauve mais se sont mis en chemin eux-mêmes.

En parlant alors du « Bien » et du « Mal » comme vous le faites, nous restons enfermés dans une vision « diabolique » du monde, c’est-à-dire en proie à celui qui sépare et qui déchire et qui, en passant, engraisse tout un système économique malsain. Je pense que le moment est venu de faire le contraire et de commencer à réunir, à mettre ensemble. Pour nous guérir et pour guérir en même temps le monde dans lequel nous vivons, il me semble important de prendre conscience de l’interconnexion des choses et de tisser des liens : entre nous et la Nature, entre nous et notre entourage, entre nous et notre être profond.

Ce dragon qui crache son feu est alors pour moi plutôt un éveilleur qu’en ennemi. Je me demande si son feu n’est pas plutôt là pour nous guider, et non pas pour nous brûler. A l’époque de Saint-Georges, il était peut-être encore conseillé de tuer le dragon. Mais aujourd’hui, nous nous trouvons à un autre niveau de notre évolution. A l’aube d’une nouvelle civilisation qui est en train de naître, je nous sens appelés à dépasser le vieux trio infernal et toute cette culpabilité qui va avec.

Nous sommes en train de devenir des êtres adultes, entièrement responsables de leurs pensées, leurs paroles et leurs actes. Nous n’avons plus besoin de détruire et de tuer car nous avons commencé à apprendre l’art de la transmutation. Comme ces vieux alchimistes, nous savons aujourd’hui transformer la matière sombre et lourde en matière précieuse. Nous sommes en train d’apprendre à dissoudre l’obscurité en y envoyant de la lumière. Nous prenons conscience que les événements ne reflètent que le degré de notre paix et notre harmonie intérieures et qu’ils nous aident à résoudre ce qui nous fait mal.

Ce n’est pas le « Mal » qui nous fait souffrir. Ce sont nos propres résistances, c’est-à-dire tout ce qui est dur en nous, toutes ces blocages qui empêchent les énergies de circuler. Le dragon m’inspire alors non pas à le tuer, mais à prendre l’épée de Damoclès qui flotte toujours au-dessus de ma tête et de commencer à m’éplucher. J’enlève toutes ses couches que j’ai mises autour de moi et qui me rendent lourde et intransigeante et qui empêchent l’énergie de circuler librement en moi. L’image me vient alors que je deviens de plus en plus transparente pour que la lumière puisse passer.

C’est ainsi que je me sens guérir de toute chose. Ce n’est pas en m’armant et en montant mes défenses, mais en me rendant ouverte et accueillante. Je me demande d’ailleurs si Saint-Georges ne connaissait pas déjà cette vision des choses. Dans son combat, il se montre, comme vous l’avez aussi remarqué, à visage découvert. Ce n’est peut-être pas pour mieux voir l’ennemi mais pour se montrer comme il est, sans se cacher.

Je vous remercie de votre patience et vous souhaite une bonne continuation de votre travail.
Cordialement,
Kerstin Chavent


vendredi 4 mai 2018

"La maladie guérit" en version espagnole: "Escuche su cuerpo"

Prevenga el cáncer y otras enfermedades catastróficas

La autora fue diagnosticada con cáncer de mama, y nos narra en este libro su experiencia en el duro proceso de aceptación y luego transformación de su enfermedad, a través de un diálogo profundo y amoroso con cada órgano de su cuerpo, especialmente los afectados
por el cáncer. Este libro es una fuente de inspiración para quienes se enfrentan a cambios en su estado de salud y los invita a convertir el caos que se genera, en una oportunidad para acercarse a sí mismos y a la vida. Editorial Panamericana


mardi 3 avril 2018

La feuille qui ne voulait pas tomber de l'arbre

Mon petit dernier: Un recueil de récits, de dialogues et de pensées nés suite à la confrontation avec une des grandes maladies de notre temps: le cancer. Avant de pouvoir se libérer d'un mal, quel qu'il soit, il doit être accueilli et regardé. C'est une invitation à s'accueillir dans son intégralité, avec son histoire, son ressenti, ses bons et ses mauvais choix, ses côtés sombres et ses côtés lumineux. Ainsi, nous découvrons le potentiel créatif qui sommeille en chacun de nous et qui nous aide à créer une réalité plus juste et plus harmonieuse.

samedi 31 mars 2018

La Ligue contre le cancer: une association de bien commun?

En tant qu'ancienne malade du cancer, auteur et conférencière, j'ai été invitée à accompagner des femmes en traitement contre un cancer dans un nouveau centre qui allait être inauguré dans l'arrière-pays héraultais: groupes de paroles, ateliers, massages ... Pendant trois ans, la personne qui était à l'origine de ce projet, également une ancienne malade, m'a informée  de son avancement. Sous l'égide de la Ligue contre le cancer, le centre Escale est actuellement en train d'ouvrir ses portes. Comme convenu, je me suis présentée pour animer bénévolement des ateliers d'écriture. Pour cela, j'ai été convoquée pour passer un entretien avec une psychologue de la Ligue. 

Lors de cet entretien, j'ai surtout parlé de l'importance d'aller découvrir en soi le potentiel pour guérir. Ma candidature n'a pas été retenue. J'étais "trop engagée". Suite à ce refus, j'ai envoyé un courrier à la Ligue dans lequel j'explique mon étonnement. J'avais décidé de rendre public ce courrier, ce qui a amené le président du comité de l'Hérault, Jean-Bernard Dubois, à m'accuser de propos diffamatoires. Mon intérêt n'est pas d'entrer dans une bataille quelconque. Je considère néanmoins important que la position d'une association qui se dit d'utilité publique soit connue. Voici notre échange:


Madame, Monsieur,

Je suis au regret de vous informer que votre appel à candidature n’a pas été retenu. Suite à l’entretien avec votre psychologue le 22 février 2018, je ne pourrai pas donner suite à ma proposition de m’engager en tant que bénévole dans le nouveau centre Escale de Gignac. L’échange a dévoilé que nous ne partageons pas les mêmes valeurs.

Ancienne malade qui à fait dans son propre corps l’expérience d’un cancer, j’aurais souhaité, à travers mes ateliers d’écriture, pouvoir témoigner de ce qui m’a aidé si tel aurait été le souhait des inscrits : la décision de regarder le problème en face et de l’accepter, d’écouter le message du mal-a-dit et de prendre la responsabilité pour ce qui se passe dans mon corps. C’est ainsi que j’ai pu dépasser la souffrance qui découlait de mon impuissance et retrouver ma dignité. J’aurais voulu inspirer d’autres à aller chercher en eux-mêmes cette étincelle qui leur permet de devenir créateur de leur chemin de guérison. 

Selon votre psychologue, il ne serait pas souhaitable de partager ses propres expériences lors des interventions. Elle a affirmé à plusieurs reprises que, de toutes façons, les patients ne voulaient pas savoir comment d’autres se sont sortis de leur maladie. En tant que pédagogue, ancienne malade, auteur de plusieurs livres sur le cancer, conférencière et bénévole d’accompagnement, je peux témoigner du contraire et ne peux que m’étonner de cette énormité du côté d’une personne qui se dit formée en psychologie.

A la question de la psychologue ce qui a déclenché mon envie d’intervenir dans le nouveau centre, j’ai répondu que c’était Madame C. O. qui m’avait contactée il y a plus de trois ans et qui m’a depuis régulièrement informée sur l’avancée de ce qui au départ était son projet. Dans ce contexte, j’ai répété mon désaccord avec le fait que son engagement assidu et dévoué n’ait pas été mentionné le jour de la présentation du centre. Suite à cette remarque, votre psychologue s’est montré irritée. Il serait hors de question de mettre en avant certaines personnes et par ailleurs, la Ligue n’avait pas besoin de Madame O. pour ouvrir ses centres. 

Arrivée aux dernières questions, j’ai exprimé ma crainte de ne pas pouvoir garantir une expression libre lors de mes ateliers. La réponse de la psychologue a été claire : C’est la Ligue qui donne l’argent et c’est elle qui commande. 

Pour moi, cet entretien fait preuve non seulement d’un grand manque de respect envers les personnes qui souhaitent s’engager bénévolement. J’observe également une tendance à priver les patients d’informations qui pourraient les aider à mieux vivre avec leur maladie voire la dépasser. Cette attitude que je qualifie de manipulatrice et de dangereuse n’est pas en accord avec une association qui se dit d’utilité publique et qui tire des bénéfices de ce statut.

Suite à cette expérience, je ne me sens pas en confiance avec votre organisation. Je ne pourrai donc malheureusement pas donner suite à votre requête de m’exprimer favorablement à propos de votre centre et de le faire connaître dans mes réseaux et vous dis avec les mots de votre psychologue : Je n’ai pas besoin de la Ligue contre le cancer pour m’engager. 

Respectueusement,
Kerstin Chavent


Chère Madame, 

J’ai lu votre courriel et votre lettre du 27 février 2018 concernant votre éventuelle participation en tant que bénévole à l’Escale Bien Etre de Gignac qui doit ouvrir prochainement sous la responsabilité du comité de l’Hérault. 

Vous avez eu un entretien avec notre psychologue, Mme Marielle Fau. Vous faites état de divergences qui seraient apparues au cours de cet entretien et vous portez des jugements sur les positions de la Ligue contre le cancer, ses objectifs et sur la personne avec qui vous vous êtes entretenue. Tout ceci me parait non seulement discutable mais déplacé. De plus, les propos que vous tenez sur une association qui « se dit d’utilité publique, qui se nourrit des dons et des legs de ceux qui croient bien faire » sont manifestement diffamatoires. 

La Ligue contre le cancer est en effet une association reconnue d’utilité publique qui dépend de ses donateurs qui depuis maintenant 100 ans n’ont pu que constater la bonne utilisation des fonds qui lui sont confiés, l’engagement, le dévouement, la probité de ses bénévoles. 

Je vous prie d’agréer, Chère Madame, mes sentiments les meilleurs. 

Professeur Jean-Bernard Dubois 

Président du comité de l’Hérault LNCC

PS. Nous exigeons un droit de réponse à votre blog

lundi 8 janvier 2018

Face au changement

Le monde change. Les bouleversements que nous sommes en train de traverser nous touchent tous, entièrement et sans exception. Tous les domaines de notre vie sont concernés : famille, relations, travail, santé, environnement. Habituellement, nous cherchons les solutions à nos problèmes à l’extérieur de nous. Nous espérons que d’autres savent mieux que nous comment nous en sortir d’une situation qui ne nous convient pas. En même temps, nous nous méfions de nos institutions et de nos politiques car nous les voyons de plus en plus séparés des bases qui les portent. Tous les indicateurs  montrent alors vers nous. A chacun de se souvenir du potentiel créatif qui sommeille en lui. Personne ne peut résoudre nos problèmes à notre place. Nous seuls pouvons décider de notre attitude face à ce qui nous arrive. Si nous apprenons à accepter ce que la vie nous propose, si nous nous rendons disponibles et ouverts, une situation qui semblait sans issue peut nous révéler des possibilités surprenantes.

Je me base ici sur ma propre expérience. En 2012, j’étais atteinte d’un cancer du sein. Mon corps me portait un message qui semblait annoncer la fin : tu meurs. J’ai décidé d’accueillir ce qui était venu vers moi. J’ai alors compris que le cri de mort était en réalité une invitation à faire mourir quelque chose en moi qui était devenu superflu. Ce n'était pas LA fin, mais UNE fin. Ce qui se passait n’était pas contre moi, même si je pouvais perdre la vie dans cette aventure. Le cancer, cet emblème du mal dans notre société actuelle,  est devenu pour moi une occasion de faire le tri et de cultiver le jardin que la vie m'avait offert de façon plus respectueuse et plus juste. Tout mon être était impliqué. Ma maladie est ainsi devenu le point de départ d'une grande quête. Je me suis mise à explorer l'être qui m'habite en me servant du messager qu'est désormais mon corps pour moi. J'apprend à faire entièrement confiance à sa justesse. Grâce à lui, j'ai commencé à vivre les événements que je rencontre comme des occasions à me rendre plus souple et plus ouverte pour mieux les traverser. Car ce ne sont pas les choses qui font mal. C'est uniquement notre façon de les accueillir. Plus nous faisons résistance à ce qui est, plus nous souffrons. Le but est alors de laisser tomber ce qui nous rend durs et intransigeants: nos vieilles convictions, croyances et habitudes qui nous tirent vers le bas.

Mes livres témoignent de mon chemin. La maladie guérit. De la pensée créatrice à la communication avec soi, est sorti chez Quintessence en 2014. En 2016 a suivi, chez L’Harmattan Traverser le miroir. De la peur du cancer à la confiance en la vie. Il critique une société qui manipule et agresse la vie et montre que d'autres chemins sont possibles si nous prenons conscience de notre potentiel créatif. En 2017 est sorti, en allemand Das Licht fliesst dahin, wo es dunkel ist. Zuversicht für eine neue Zeit (La lumière va vers l’obscurité. Confiance pour une nouvelle ère). Il illustre que le monde que nous apercevons autour de nous n’est que le reflet du monde qui se trouve à notre intérieur. C'est une invitation à se détourner du vieux modèle qui divise nos sociétés en victimes, bourreaux et sauveurs et à assumer l'entière responsabilité pour notre vie. Je me joins ainsi au nouveau souffle qui traverse le monde pour amener l’humanité à se mettre debout aussi intérieurement. 

samedi 30 décembre 2017

Voeux 2018

La division et la rupture teintent l’actualité d’une année qui s’en va: des sorties d’union, la montée de l’extrême droite, de nouvelles formes de racisme et même d’esclavage,  l’exclusion des plus démunis, séparatismes et radicalisations de tout genre, l’abime de plus en plus vertigineux entre pauvres et riches. En permanence, notre attention est guidée vers ce qui nous oppose. Or, derrière tous ces éclats se trouve une autre réalité : une recherche commune d’unité. Nous avons tous besoin d’appartenir à une communauté, d’échanger avec les autres, de servir une cause et de nous sentir reconnus. Amour, amitié, fraternité, sécurité, liberté, bonheur … nous partageons les mêmes valeurs aussi quand nous essayons de les réaliser de manières différentes. Je pense qu’il est important de se souvenir de cela. Nous ne sommes pas ennemis. Nous sommes juste le reflet les uns des autres. L’autre qui s’oppose, individuellement ou collectivement, n’est que l’image de ce que nous ne voulons pas pour nous. Ainsi, les conflits et confrontations que nous sommes en train de vivre marquent surtout une quête ardente d’identité, la recherche d’une réponse à cette question vieille comme le monde: qui suis-je ? Pour l’année à venir, je nous souhaite de nous servir de ce feu pour aller visiter ceux qui se trouvent derrières les murs et armures que nous avons érigés autour de nous et qui ne sont portés que par une seule envie : ne pas être seuls.


2 – c’est le chiffre que l’on obtient quand on additionne 2-0-1-8. Il représente à la fois la dualité et l’union. Cette année est une bonne occasion de choisir le sens que nous allons donner au mot éclat.

mardi 19 décembre 2017

Un lieu sauvage - le témoignage d’une guérison

Regard sur une guérison à la fois extraordinaire et exemplaire. Mon article dans le journal Néosanté à propos du livre de Gabriele Freytag:


« L’essentiel n’est indiqué sur aucune carte.
Il se dévoile par l’expérience, la confiance et la patience. »
Gabriele Freytag

Un lieu sauvage est le récit autobiographique de la psychothérapeute allemande Gabriele Freytag. En 1997, elle reçoit le diagnostic d’un cancer du col de l’utérus à un stade avancé (PAP5). Pour éviter le traumatisme d’une hystérectomie,  la mutilation de sa féminité et l’empoisonnement de son corps elle choisit, en accord avec son métier, un chemin loin de tous les protocoles conventionnels. Dans un premier temps, son courage et son espoir se basent sur l’expérience du professeur de yoga Adelheid Ohlig, guérie du même type de cancer en s’appuyant exclusivement sur les médecines douces et la psychothérapie. A la recherche des vraies causes de sa maladie, elle découvre son mal dans le rapport qu’elle a envers elle-même et sa façon de se positionner dans sa vie. Elle s’intéresse, entre autres, aux travaux de l’oncologue berlinois Walter Weber qui comme Ryke Geerd Hamer voit l’origine du cancer dans un conflit intérieur non résolu, vécu dans la solitude. Selon ce médecin, les cellules cancéreuses sont des cellules qui ont perdu leur capacité de communiquer avec leur entourage direct pour se retirer « dans leurs bulles » avant d’envahir l’ensemble. Elle s’inspire du travail de la psychologue Monika Wiedemann-Borne qui constate que les malades du cancer sont souvent des gens très affables et adaptés qui n’ont pas intégré leur côté indompté, l’enfant « mauvais » que nous avons tous en nous et qui va à l’encontre de ce que l’on attend de lui. Ce sont alors les cellules « malignes » qui lancent l’appel d’intégrer nos zones d’ombre et de nous montrer au monde tel que nous sommes.


Avec profondeur, légèreté et humour, Gabriele Freytag emmène le lecteur sur son parcours qui se construit successivement : les encouragements et les obstacles qu’elle rencontre, ses réflexions pour peser le pour et le contre, la prise de responsabilité pour sa santé, son intérêt pour les travaux de David Servan-Schreiber, Caryle Hirshberg, Candace Pert et Susan Sontag, ses confrontations aux gynécologues qui lui reprochent souvent violemment d’agir de façon folle et irresponsable, ses doutes et ses peurs avant de choisir un chemin qui est résolument le sien. Consciente du danger, elle part dans une expérience sans précédent : « Approcher le sauvage n’est pas sans risque. Nous devons quitter notre confort car le sauvage se trouve au-delà des sentiers battus. » (p. 228) Son choix se base sur le savoir ancestral que l’humain n’existe pas seulement dans sa dimension physique. Les liens entre le corps et l’esprit sont indissociables et forment un ensemble. Avant de se manifester dans le corps physique, notre mal-être et nos maladies apparaissent d’abord dans les couches subtiles et immatérielles qui font elles aussi partie intégrante de notre être. Gabriele Freytag part alors de l’idée qu’un problème, même s’il s’appelle cancer, doit être résoluble à l’endroit où il commence par se manifester : dans nos dimensions psychologiques et spirituelles.

dimanche 8 octobre 2017

L'image de soi, conférence Novodomo

Le début de cette année a été marqué par la mort de Guy Corneau, grand psychanalyste et auteur, devenu célèbre par son livre Père manquant, fils manqué. Il n’avait pas 66 ans. Comment est-il possible qu’un homme qui était une référence en équilibre émotionnel pour des millions de gens, qui a derrière lui un grand chemin de guérison et qui a su mettre en lumière beaucoup de ses zones d’ombre, succombe si vite à la maladie ? Il n’est pas mort du cancer dont il témoigne dans son livre Revivre. Il a survécu et même guéri ce cancer du grade 4, c’est à dire en phase terminale, qu’on lui avait diagnostiqué  en 2007. Il est mort 10 ans plus tard d’une maladie auto-immune qui avait attaqué son cœur. Son décès est survenu en moins de deux jours. Seulement deux semaines avant lui, sa sœur, l’artiste peintre Corno est décédée d’un cancer de la gorge. Le drame avait frappé toute une famille.

Cet homme beau, talentueux, innovateur et séducteur qui a marqué toute une génération est allé au fond de lui-même pour éclaircir son histoire avec son père. Il s’est enfin réalisé en tant qu’artiste avec sa pièce L’amour dans tous ses états qui a été inaugurée en 2016 à Paris au théâtre Les feux de la rampe. Guy Corneau a enfin donné forme à son rêve et il est monté sur scène. Il s’est ainsi libéré de certaines limites de son éducation, surtout de celles que lui avait imposées son père en voulant faire de lui un professeur d’université. Il avait senti que son âme aspirait à s’exprimer autrement. Avec lucidité et persévérance, il a levé l’ancre qui l’attachait aux attentes familiales. Le mal a été dit. Les blocages étant levés, le corps avait retrouvé la santé. Comment était-il alors possible que la mort emporte de manière aussi inattendue  la vie de cet homme?  Certes, nous allons tous mourir un jour. Mais si l’équilibre, l’harmonie et la mise en lumière de ses zones d’ombre sont synonymes de bonne santé, quelles pourraient être les blessures qui n’ont pas été ex-primées, c’est-à-dire transportées vers l’extérieur du corps ?

samedi 20 mai 2017

Lever le voile

Participons pleinement à cette grande époque. Elle n’annonce peut-être pas la fin du monde mais la fin d’un monde. Il se pourrait que le nouveau monde, un monde d’unité et de partage, se trouve déjà là, devant nos yeux. Seulement, nous ne l’apercevons pas. Nous sommes peut-être trop pressés, trop chargés, trop occupés pour le voir. Nous avons perdu cette capacité que nous avions, enfants, de voyager entre les différents univers comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Nous avons oublié l’époque où nous savions communiquer avec les éléments et avec les animaux et où les elfes et les dragons étaient biens réels. Aujourd’hui, nous portons le voile du rationnel devant les yeux qui nous empêche de voir que tout ce bel univers existe peut-être toujours et qu’il faudrait seulement s’asseoir, en silence, et prendre son temps pour apercevoir à nouveau ce monde où les miracles n’ont jamais cessé d’exister, le monde où tout est toujours possible et où le rêve se confond avec la réalité. C’est peut-être seulement un voile qui nous sépare. N’est-ce pas le sens profond d’Apokálupsis - apocalypse : lever le voile ? Il suffirait de le lever pour passer de l’autre côté. 



samedi 6 mai 2017

Changement


Une nouvelle énergie est en train de naître. Une énergie qui ne sectionne pas mais qui unit. De plus en plus d’humains décident déjà de vivre autrement. Ils changent radicalement leur manière de consommation, d’alimentation et de soin. Ils réduisent volontairement la quantité de leurs biens matériels. Ils ne suivent pas leur pulsion de toujours vouloir se distinguer des autres par la possession de biens car ils savent qu’ils sont uniques. Ils puisent leurs énergies dans d’autres sources. Sans prôner le retour à l’âge des cavernes, ils laissent derrière eux ce qui les encombre pour avoir les mains libres pour avancer. Certains vont jusqu’à l’expérience de se passer de tout, y compris de nourriture, pour s’alimenter de ce qui est l’essence de la vie : la lumière. A chacun de choisir son chemin et de trouver sa vérité. Essayons seulement d’admettre que les choses peuvent exister aussi si nous ne les comprenons pas ou pas encore. Nous serions restés dans l’obscurité des cavernes s’il n’y avait pas eu régulièrement des courageux qui ont mis leur nez dehors et leur vie en péril.

lundi 1 mai 2017

Le pouvoir de non-achat

A chaque instant de notre vie, nous participons à la co-création de ce monde. En tant qu’êtres adultes, nous avons toujours le choix de nous alimenter de lumière ou d’ombre, de contribuer à la création ou à la destruction. Prenons conscience de la direction dans laquelle nous poussons nos caddys quand nous achetons ces babioles qui clignotent, ces vêtements et ces accessoires tachés de sang et ces aliments toxiques. Pensons-y quand nous démarchons des clients potentiels pour leur vendre n’importe quoi ou quand nous faisons des jobs qui n’ont aucun sens pour pouvoir nous payer des objets dont nous n’avons absolument pas besoin. Nous pouvons nous séparer de beaucoup sans manquer de rien. Pourquoi continuer à se charger avec tous ces trucs inutiles qui nous tirent vers le bas ? Nous pouvons le faire. Au lieu de passer le temps que nous avons gagné en espérance de vie seuls devant nos télés, nous pourrions le partager plus avec ceux qui nous entourent pour parler ensemble, jouer, chanter, mieux nous connaître. Il ne s’agit pas de s’opposer au progrès mais de lui donner un sens plus respectueux de la vie. Vivre ensemble paisiblement c’est possible. Il est possible de nourrir tout le monde. Il existe des procédés pour gagner une énergie propre et durable. Il existe des méthodes naturelles pour soigner et guérir nos maladies. Mais tant que ceux à qui nous donnons nos voix, notre argent et notre énergie continuent à se mettre au service de l’industrie et non pas de l’humain, notre survie à nous tous est menacée. Or, il suffirait que nous fassions valoir notre pouvoir de non-achat et tout s’écroule.