La violence a son origine dans nos têtes. Elle ne s'exprime pas seulement en actes, mais aussi en paroles. Au siècle dernier, le psychologue Marshall Rosenberg a développé un concept qui nous aide à traiter de manière pacifique les uns avec les autres : la communication non violente (CNV). Il ne s'agit pas d’un guide pour parents désespérés et couples en guerre, des amis qui se disputent ou des collègues qui n’arrivent plus à travailler ensemble. La CNV est beaucoup plus. Elle est un outil pour rétablir la paix dans le monde.
Au commencement était le verbe. Les experts de la Bible ne sont pas les seuls à savoir que la parole a un pouvoir créatif et façonne les réalités. Un Oui ou un Non peut sauver des vies ou dévaster des continents entiers. Bien que nous connaissions le pouvoir de la parole, nous la manipulons sans nous en soucier. Nous faisons circuler nos messages dans les réseaux sociaux du monde entier et laissons s'exprimer notre colère et notre frustration sans retenue. Au lieu d’échanger des points de vue, on balance des insultes et des jugements. Au lieu de formuler nos propres pensées, nous likons et nous followons.
Ce qui est monnaie courante dans le monde virtuel ne se passe guère mieux dans le monde réel. Nous connaissons à peine nos voisins, dans de nombreuses familles on ne prend plus les repas ensemble et ceux qui baissent la vitre de leur voiture ne le font généralement pas pour lancer des fleurs aux autres conducteurs. De toute façon : c’est l’autre qui est potentiellement coupable. Il ne respecte pas les règles, il se comporte mal et ne veut toujours pas comprendre que j'ai raison et qu’il a tort. Et comme l'autre voit les choses exactement pareils, mais dans l'autre sens, nous sommes en train de créer mille et une occasions pour nous faire la guerre.
Le méchant, c’est toujours l’autre. C’est lui qui m’agresse. C’est lui qui ne comprend rien. Je ne fais que me défendre ou exécuter des ordres. Je fais ce que d'autres ont décidé pour moi. Ainsi, nous nous cachons derrière quelque chose qui a permis à des gens comme Adolf Eichmann d'envoyer des millions de personnes à la mort sans sourciller : ce que l’on appelle la Amtssprache. L’autre me donne un ordre, je l’exerce sans me poser de questions. C’est la loi. C’est officiel. Alors j’obéis. Aujourd'hui, nous avons une autre expression pour cacher les pires crimes contre l’humanité : il faut bien vivre de quelque chose.